Au-delà du nombre de Dunbar

L’humanité adore ériger des frontières. Mais elle aime par dessus tout s’y mesurer. 300 000 kilomètres seconde, la vitesse de la lumière ; 2,45 mètres, le record de saut en hauteur du Cubain Javier Sotomayor ; 2° la limite d’augmentation du réchauffement climatique visée par la Cop 21 ; 19,99 euros, un prix qui n’est pas encore cher ; et 148, le nombre d’amis de l’Internet que l’on ne peut pas dépasser ou plus précisément, « une mesure de la « limite cognitive du nombre de personnes avec lesquelles un individu peut avoir des relations stables. » C’est l’anthropologue britannique et un biologiste de l’évolution, spécialisé dans le comportement des primates, Robin Dunbar qui en a posé le principe.

Sébastien Bohler, rédacteur à Cerveau & Psycho, raconte : « Au milieu des années 1990, Robin Dunbar s’intéresse au cerveau de diverses espèces de singes : alouates, macaques, ouistitis, sans oublier les grands singes ou chimpanzés, orangs-outans ou gorilles… Il mesure le volume de leur cortex cérébral (généralement associé aux fonctions cognitives) et le rapporte au volume total du cerveau. Il constate alors que le nombre obtenu, un indice du degré d’évolution cérébrale de l’espèce, est proportionnel à la complexité de leurs groupes sociaux dans cette même espèce. Plus l’indice de développement du cortex est élevé, plus les groupes sociaux sont développés et nombreux. En extrapolant sa courbe, R. Dunbar a fait la prédiction que les groupes humains ancestraux devaient compter environ 150 individus. Il va même plus loin en postulant que les capacités cognitives du cerveau n’ont pas dû évoluer depuis cette époque et restent le facteur déterminant qui limite la taille de nos groupes sociaux.  »

Cette théorie scientifique a fait florès. Elle est même érigée en vérité vraie. Pour preuve, elle ne souffre pas d’exception (ce qui, si je me souviens bien, n’est pas une grande preuve de validité scientifique, toute bonne théorie se justifiant aussi et surtout par la survenue d’un contre-exemple). Selon la même revue, « ce nombre de 150 partenaires sociaux, désormais désigné sous le terme de « nombre de Dunbar », doit rester l’ordre de grandeur qui fixe l’étendue de nos amitiés et connaissances. Fait notable pour une théorie scientifique en biologie, elle est prédictive. Conçues à partir de ce module, des études d’anthropologie visant à estimer la taille de nos réseaux de connaissances et d’amitiés réelles ont révélé qu’un individu entretient en moyenne 153 contacts sociaux suivis. Le nombre de Dunbar semble bien constituer la mesure cérébrale du social. »
Que se passe-t-il si le réseau arboré par un individu paraît plus étendu, c’est tout simplement que son propriétaire n’en connait pas tous les recoins : il se targue d’amis qu’il ne connaît pas. Pas d’exception à la règle de Dunbar.

Ici, le fait nouveau n’est évidemment pas que nous pouvons, grâce aux réseaux, entretenir des relations avec des personnes que nous ne connaissons pas. Ca, on avait compris. Le fait nouveau c’est qu’il existe dans nos contacts de Facebook et de Twitter, sans compter viadeo et toutes les autres plates-formes des tas d’avoir des amis inconnus avec lesquels et c’est là tout le suc de la situation, nous n’entretenons aucune relation. Des tas de gens que nous ne connaissons pas, qui existent dans nos carnets d’adresses et avec nous sommes en quelque sorte en non contact. Et là, il faut bien avouer qu’une nouvelle limite vient d’être franchie.

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