personne n’aime les Google Glass ?

Le constat serait presque sans appel : tout le monde n’aime pas les Google Glass… Google vient d’annoncer la fermeture des magasins qui depuis 2012 devaient les distribuer dans le grand public. Plusieurs raisons invoquées à l’un des rares revirements de Google : peu d’applications sont disponibles, leur prix ne « veut pas » décroître… Et elles ne sont pas si simples à assumer.

Chères, boudées par les développeurs, les lunettes ont rapidement été cataloguées comme un gadget pour technophiles. Mais surtout elles représentent une menace pour la vie privée : « Capables entre autres de filmer et de prendre des photos grâce à une commande manuelle ou vocale, ces lunettes sont d’ailleurs interdites dans les cinémas outre-Atlantique, qui craignent de voir leur utilisation détournée pour du piratage. » précise le site génération nt.

Pire que tout, elles font passer leur porteur pour un prédateur, celui qui doit se justifier, s’excuser de porter un troisième œil au dessus des deux siens. « Le troisième œil (également dit « œil intérieur » ou « œil de l’âme ») précise Wikipedia est une métaphore mystique et ésotérique d’origine orientale qui désigne, au-delà des yeux physiques, un troisième regard, celui de la connaissance de soi. Dans certaines traditions, le troisième œil est symboliquement placé sur le front, entre les sourcils. »
A la mode Google, ce troisième œil filme et enregistre le réel sans lui donner d’autre profondeur que celle de l’accumulation des images du réel. Aimerions nous revivre in extenso la journée que nous venons de vivre ? D’abord il nous faudrait, au sens propre, deux vies, mais surtout l’une et l’autre se videraient de sens, par effet mutuel, par le simple fait de leur simultanéité : à quoi bon vivre des instants que l’on va re-vivre et inversement ?

Aucune profondeur, aucun sens non plus, pas de raison d’être. A ce stade il me revient la sérieuse affaire d’Honoré de Balzac. Il n’existe que de rares portraits de lui car il redoutait que les photos capturent et ôtent une couche de son être, un peu comme si chaque être, comme un oignon, était constitué de couches superposées qui pouvaient s’éplucher jusqu’à disparition. Le photographe Nadar qui a réalisé le portrait ci-contre le dit autrement : « chaque daguerréotype venait donc surprendre, détachait et retenait en se l’appliquant une des couches du corps objecté. De là pour ledit corps, et à chaque opération renouvelée, perte évidente d’un de ses spectres, c’est-à-dire d’une part de son essence constitutive. » (in Quand j’étais photographe, Nadar, le Seuil, Paris).

Nous les consommateurs faisons corps avec nos vies. Et pour des raisons triviales, archaïques ou prosaïques, nous n’avons pas aimé les Google Glass, trop chères ou trop destructrices de nos halos intimes. A moins qu’on ne passe trop pour un abruti à les porter.

Récemment à Davos, Eric Schmidt, Président exécutif de Google a pris la pour asséner qu’« Internet est voué à disparaître. » Une figure de style, commentée sur le DSF par Ariel Kyrou, pour dire qu’il « y aura tellement d’adresses IP, tellement d’appareils connectés, de capteurs et d’objets avec lesquels vous interagirez que vous ne vous rendrez même plus compte de la “présence” d’Internet. » Voire. Google va décidément devoir changer de lunettes pour reconsidérer cette réalité-là.

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